REMETTRE L’ARBITRAGE AU CENTRE DU VILLAGE

En proie à de sérieux tourments ces derniers temps, le football étale ses dysfonctionnement et révèle le mal-être profond dans lequel s’est enfermée notre société actuelle.

  • Où est la frontière entre les amateurs qui œuvrent au quotidien pour de misérables défraiements et ceux qui jouent avec les millions des compétitions au cœur des couloirs Genevois?
  • D’où peuvent venir ces dérives et comment erradiquer ce mal à la racine?

L’arbitrage, moteur du redressement de la civilisation

Le football n’est pas une pratique mais le cœur de la civilisation.
Son arbitrage n’est pas un statut mais la pratique de l’éducation.

Pour savoir dans quel état est notre pays il suffit de regarder la qualité de notre arbitrage et la reconnaissance qu’il suscite à travers les compétitions internationales.

  • Si son état est proche si du néant, la faute à qui?
  • Si l’on refuse l’obstacle, dans quelle direction le progrès pourra-t-il s’orienter?

En effet, à partir du moment où l’on donne le sifflet à l’entraîneur d’un club pour arbitrer la rencontre face à son adversaire, alors le ver peut tranquillement s’installer dans le fruit, et c’est malheureusement ce qu’il se passe toutes les semaines sur les terrains amateurs. A mes yeux, le fléau prend sa source dans ce contexte. Pour avoir arbitré bénévolement dans la plus basse division des plus basses catégories (6e division U15) et pour avoir arbitré officiellement dans la plus basse des divisions d’adultes (5e division séniors), je n’ai qu’un constat à déplorer :
Le monde amateur est tout aussi corrompu que le monde professionnel. Rien à envier !

Petits joueurs petits soucis, grand joueurs grands soucis !

Le foot amateur entre violences et corruptions

arbitrage-foot-amateur

Mécanisme de la violence dans le foot amateur

  1. Les éducateurs arbitrent leurs matches car les départements ont peu d’arbitres.
  2. Les départements manquent d’arbitres car les jeunes sont trop violents.
  3. Les jeunes sont violents car les éducateurs subissent la pression des dirigeants.
  4. Les dirigeants visent la montée pour vendre plus de licences.
  5. Avoir plus de licenciés permet de former plus de talents.
  6. Si les talents passent pros, le club obtiendra des indemnités de transferts.

Cas concret :

Même les récents scandales des matchs truqués de Ligue 2 ont touché notre District par la garde à vue du président du club d’Ararat Issy, ami du Président du Nîmes Olympique et de casinos clandestins. Si ce n’était que ça… mais lors du petit match de moins de 15 ans, son éducateur avait pour mission de nous exécuter, et il l’a fait. Après multiples réserves, réclamations, rapports et auditions, j’ai obtenu que la rencontre soit rejouée avec 3 arbitres officiels et un délégué, comme quoi quand on veut et qu’on connaît, on peut aussi se tenir à l’impossible ! Score arrangés 30 à 0, joueurs sans licences,fraudes sur identité, falsifications de feuilles de matchs et intimidations en tous genres… Par expérience, le tricheur est toujours violent et c’est le seul moyen de le confondre.

Monsieur le juge, certes j’ai coursé l’arbitre en voiture après la rencontre,
mais je vous le promets que je ne l’ai pas menacé de mort par la fenêtre!

Nos enfants sont des anges, vos adultes des ordures

Voila le problème. Après plusieurs années à arpenter les couloirs des commissions départementales pour statuer sur les faits de fraudes et de violences, je n’ai encore qu’un constat à déplorer : les enfants sont des anges et les adultes sont des ordures. Tous les faits que j’ai eu à gérer, ou dont j’ai été moi-même victime sur les terrains, ont pour origine l’excès d’engagement de la part des éducateurs, salariés ou bénévoles sur leurs bancs de touche, voire même des parents des joueurs derrière la main courante, mais jamais de la part des jeunes, en bas des tours comme des ambassades, enragés par la peur de descendre comme galvanisés par l’espoir de monter.

On dit souvent que les jeunes sont à l’image de leurs éducateurs. C’est vrai. Lors d’un match, un joueur de 14 ans m’a traité de « pédé », je suis allé voir son entraîneur pour lui signifier que ce genre de propos n’était pas acceptable. Il m’a répondu :

« Monsieur l’arbitre, si mon joueur a dit que vous étiez un pédé,
c’est parce que vous l’avez traité de petit rigolo »

Je crois que ce jour j’ai touché le fond. Certes ce n’est que la poule C de la 5e division des moins de 15 ans du District des Hauts-de-Seine, mais c’est aussi et surtout la première porte du monde amateur. Rien d’étonnant ensuite de voir ce qu’il se produit sur les terrain du monde professionnel. Dans mon club, il est interdit de tirer un maillot sous peine de ne plus jouer de la saison. Résultat, pas de tacles par derrière, pas de coups et encore moins d’insultes. Ce n’est peut-être pas la vérité, mais au moins nous ne nous enfonçons pas dans nos propres mensonges.

Pourquoi ne pas apprendre l’arbitrage à 10 ans?

Comment faire en sorte d’avoir plus d’arbitres s’ils ont, comme je le prétends, les clés pour sauver le football du déclin de notre civilisation? j’ai toujours pensé, par réflexe naturel, qu’ils étaient mal formés, ayant moi-même bénéficié d’une piètre formation pour devenir officiel et n’ayant pu compter que sur moi-même pour finir premier à l’examen théorique des 300 arbitres des Hauts-de-seine en 2013.

Ce ne sont pas les arbitres qui sont mal formés,
ce sont surtout ceux qui doivent l’être qui ne le sont pas !

  • Pourquoi les arbitres ne sont-ils pas formés dès l’age de 10 ans?
    Je me demande ce qu’a subi le 1er qui a proposé de former des joueurs à 5 ans!
  • Pourquoi une grande campagne de détection n’est-elle pas organisée en France?
    Peut-être que l’arbitrage est juste la voie pour les joueurs sans talents!

A l’image des gardiens de but désignés volontaires car personne ne veut les voir sur le champ, je ne pense pas que le rôle d’entraîneur des gardiens ait été créé en même temps que celui d’entraîneur des attaquants. Et pourtant, le résultat est le même, mais avec un seul gardien (Lev Yachin) sur 70 ballons d’or distribués, la considération est pour le moins déséquilibrée de la part du monde du football (de plus 1963 n’était pas une année de compétition internationale).

Un an d’arbitrage obligatoire pour les footballeurs

Pour revenir à la déconsidération de notre société vis-à-vis de l’arbitrage, je propose de créer le « service d’arbitrage », qui contraindra tous les ceux qui se destinent à faire une carrière de footballeur à exercer au moins une année sous le maillot d’arbitre, afin de réellement comprendre la difficulté de ce sport et donc en saluer encore mieux les performances lorsqu’elle sont bien réalisées.

Comme un joueur, un arbitre peut rater son match. Lorsque je forme mes joueurs à l’arbitrage, je leur transmets une seul enseignement (ils sont jeunes, pas trop à la fois) :

Mieux vaut prendre des mauvaises décisions avec sourire et psychologie
que toujours la bonne avec mépris et indifférence,
question de survie, la réalité vous rattrapera!

L’exercice de l’arbitrage, sport comparable à la course d’orientation car alternant performances sportives et décisions irréversibles, possède plusieurs vertus utiles à beaucoup de joueurs, futurs entraîneurs, dirigeants de clubs et d’administrations :

Prendre conscience qu'il est impossible de détenir toute la vérité du terrain
Apprendre les 17 Lois du jeu, le règlement sportif et l'administration du football
Se familiariser avec la prise de décision dans un contexte de stress et de fatigue
Dépasser sa timidité et se confronter à la réalité en assumant ses responsabilités
Accepter l'autorité et la difficulté que représente son exercice

Arbitrer, c’est parler d’égal à égal à celui qui n’écoute que lui
et j’appelle ça l’éducation

Il y a donc un espoir de voir le monde professionnel redorer son image s’il existe une conscience que le rôle d’éducateur n’est pas réduit au simple enseignement technique, mais aussi au relais du foyer abandonné et des professeurs désespérés. Les seules personnes sur terre qu’un enfant écoutera, ce sont son chanteur préféré et son entraîneur de foot. Le premier n’étant pas abordable, il est irresponsable de donner un sifflet au second pour espérer voir son club devenir Nantes ou Sochaux, tout comme il est irresponsable de forcer son fils de 5 ans à s’entraîner matin, midi et soir au football.

Comme toujours et pour conclure, ce travail doit commencer au plus bas des échelons, même dans le cadre des compétitions de moins de 13 ans, qui aujourd’hui n’ont plus de classements pour éviter les pressions et violences de certains éducateurs. Ne serait-ce que remettre des classements dans ces catégories constituerait déjà une victoire à court terme, si les instances pouvaient positionner la pratique de l’arbitrage comme un sport au centre de leurs préoccupations plutôt que de « sensibiliser » les jeunes au « respect » avec des discours aussi creux qu’oubliés à peine le coup d’envoi sifflé.

One thought on “REMETTRE L’ARBITRAGE AU CENTRE DU VILLAGE

  1. Bonsoir , excellent article.étant moi même arbitre en île de France jeconnais ces travers. Je partage au plus grand nombre et j’adhère.
    Merci

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *